Manifestation du 1er-Mai : Pourquoi le RN ne fête plus Jeanne d’Arc ? ...

RN : l'absence de Jeanne d'Arc au meeting ...

En meeting à Perpignan ce 1er mai, le Rassemblement national ne célébrera pas encore cette année Jeanne d’Arc comme le faisait Jean-Marie Le Pen et laisse l’héroïne à Reconquête !. Mais une Le Pen rendra bien hommage à la Pucelle.

L'essentiel

Le 1er mai 1988, Jean-Marie Le Pen rendait pour la première fois hommage à Jeanne d’Arc, dans une cérémonie qui allait devenir un rituel pour le FN.

Trente-cinq ans plus tard, le FN devenu RN a abandonné en route la figue de l’héroïne française de la guerre de Cent ans.

Une volonté de poursuivre l’institutionnalisation du parti et d’éviter les faux pas, à l’approche des élections européennes pour lesquelles le RN est donné par les sondages largement gagnant en France.

Le 1er mai du Front national : hommage à Jeanne d'Arc

Pas de « Jeanne au secours » de Jean-Marie Le Pen ou du RN cette année sous la statue de l’héroïne de la guerre de Cent ans, place des Pyramides à Paris, mais une Le Pen lui rendra bien hommage. Après avoir célébré chaque 1er mai depuis 1988 Jeanne d’Arc, le RN, en meeting à Perpignan ce mercredi, s’abstiendra cette année.

Une non-célébration qui s’inscrit dans la droite ligne de 2023 quand Marine Le Pen et Jordan Bardella s’étaient contentés d’un discret dépôt de gerbe au pied de la statue de la Pucelle d’Orléans sur le chemin du retour du Havre, après y avoir tenu un banquet. Pour la première fois depuis plus de trente ans, la figure de Jeanne d’Arc était absente des festivités du 1er mai du parti d’extrême droite. Ce sera de nouveau le cas cette année.

« Ce n’est pas la peine pour le RN de remettre sur le devant de la scène une image du passé », analyse Virginie Martin, docteur en sciences politiques et professeure à Kedge Business School. « Le RN n’a plus besoin de faire des coups d’éclat comme dans les années 1980 pour exister. A l’époque, cela permettait qu’on parle de lui, mais aujourd’hui ce n’est plus utile », poursuit-elle.

Continuer à tuer le père

Désormais aux portes du pouvoir, et donné largement devant dans les intentions de vote aux élections européennes du 9 juin prochain, le parti fondé par Jean-Marie Le Pen est « au-delà de la dédiabolisation. On est sur un parti institutionnalisé, qui a 88 députés et qui doit donner une image crédible de présidentiable ». Exit donc les appels à l’aide d’une sainte (Jeanne d’Arc a été canonisé en 1920) et les crânes rasés, à présent relégués en fond de salle de meeting, au pied d’une statue. « Ces images du passé, d’un passé diabolisé et d’un temps où le RN était électoralement bas. »

De fait, l’enjeu pour le RN est de continuer à tourner les pages du passé et de finir de tuer le père, qui avait « marqué d’une forte empreinte ce défilé du 1er mai ». Ainsi, entre l’abandon du nom FN en 2018 au profit du RN et une nouvelle direction, avec Marine Le Pen puis Jordan Bardella, le parti continu « à se démarquer du père, avec une volonté de raconter un RN plus social et moins identitaire », complète la docteure en sciences politiques.

On le comprend, convoquer Jeanne d’Arc, et « une symbolique puriste et identitaire à la française », n’est plus à l’agenda d’un parti « qui cherche à continuer à gagner des voix sans en perdre ». Un vide dans lequel s’est immédiatement engouffré Reconquête !, le parti d’Éric Zemmour.

Et il y aura bien une Le Pen ce 1er mai pour célébrer Jeanne d’Arc. Marion Maréchal-Le Pen, tête de liste Reconquête ! pour les européennes, a prévu de se rendre à Domrémy-la-Pucelle, dans les Vosges, village natal de l’héroïne de la guerre de Cent ans.

Alexandre Vella

La Rédaction

 

Date de dernière mise à jour : 30/04/2024

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