Vers une hospitalité sobre, sociale et durable

Il y a un an, le réseau des luttes pour la réduction du trafic aérien (AviAction), la SCIC les Oiseaux de Passage, le réseau Rester sur Terre et le collectif Stop Extension Marseille Provence ont rendu publique une étude Analyse des agencements marchands entre transport aérien et tourisme.

Cette étude aboutie aujourd’hui à un appel à des assises marseillaises de l’hospitalité par une coalition d’une trentaine de collectifs et professionnels.

Cette étude menée par des sociologues, économistes et collectifs locaux a pris comme cas d’étude le projet d’extension de l’aéroport d’Aix-Marseille qui vise à faire passer le trafic passager entre 2017 et 2045 de 9 à 14 millions de passagers avec des retombées économiques estimées à 5 milliards d’euros sur 28 ans.

En croissance, l'Aéroport Marseille Provence insiste sur le lien avec le  monde économique

Des retombées du tourisme aérien surévaluées

Le premier constat est que les études d’impacts socio-économiques visant à justifier les projets d’extension d’aéroport présentent des biais dans leurs modes de calcul qui amènent à les relativiser. Les retombées économiques pour le territoire sont largement surestimées.

Dans le cas du projet d’extension de Marseille-Provence, les passagers quittant le territoire pour dépenser hors région ne sont pas pris en compte, soit 69% des passagers de l’aéroport en 2017, année de référence de l’étude.

Et les impacts sur le climat des 25.000 vols supplémentaires ne sont pas monétisés, soit 6 millions d’équivalent tonnes Co2.

Les départs représentent potentiellement l’équivalent de 4 milliards d’euros d’export sur 28 ans (2/3 des passagers) et l’augmentation du trafic aérien l’équivalent Co2 de 5 milliards d’euros. La simple réintégration de ces coûts rend le projet d’extension déficitaire.

Un tourisme aérien concentré géographiquement et socialement

Le second enseignement de cette étude est la concentration géographique et sociale générée par le tourisme aérien. Celui-ci tend à favoriser une offre touristique haut de gamme (hôtels 4 et 5 étoiles, restaurants gastronomiques…) qui s’adresse à une clientèle privilégiée au détriment de clientèles moins aisées.

Par ailleurs, les retombées économiques du tourisme aérien sont concentrées dans les grandes villes et ne bénéficient pas à l’ensemble du territoire.

Le tourisme généré par l’aéroport s’avère concentré géographiquement sur les spots touristiques, socialement sur les classes sociales aisées et économiquement sur le haut de gamme.

Et ce alors que l’ADEME a exprimé clairement que le meilleur scénario actuel pour respecter les accords de Paris est de favoriser un tourisme de proximité plus sobre.

Des voyageurs aux retombées équivalentes ignorés

L’équipe qui a mené cette étude a cherché à mieux connaitre les autres personnes de passage à Marseille, peu prise en compte dans l’étude de l’aéroport et dans les stratégies touristiques actuelles, pour savoir si cela représentait une alternative possible qui impacterait peu le climat et le cadre de vie.

Elle a réalisé ce travail à partir des données fournies par l’étude du projet d’extension de l’aéroport Aix-Marseille, par l’observatoire du tourisme de la ville de Marseille et par l’expérience de la coopérative d’habitants Hôtel du Nord qui propose l’hospitalité et la découverte de Marseille par son Nord.

A Hôtel du Nord, les personnes accueillies sont nommées “passagers” et sont des randonneurs du GR2013, des étudiants en stage, des travailleurs temporaires des zones d’activité, des aidants accompagnant leurs proches à l’Hôpital Nord, des pèlerins sur le chemin de Marie Madelaine, des mises à l’abri, des familles en vacance, des artistes en tournée, des ouvriers des chantiers, …

Ces personnes de passage peu considérées dans les stratégies touristiques contribuent à l’économie locale (artisans, entreprises, services publics, …) ainsi qu’au commerce de proximité.

Elles viennent majoritairement de la proximité et (re)viennent sur l’ensemble de la destination et de l’année pour des séjours longue durée.

Marseille hospitalière ?

La coalition a poursuivi le travail de collecte sur ces personnes accueillis et accueillantes ignorées des stratégies touristiques pour questionner Marseille l’hospitalière?

L’appel à des assises marseillaises de l’hospitalité propose de poursuivre ce travail esquissé afin d’y voir plus clair sur l’hospitalité marseillaise.

Des assises marseillaises de l’hospitalité permettraient de réunir l’ensemble des personnes concernées pour partager les connaissances sur la situation actuelle, son évolution, ses dispositifs et les impacts sur notre cadre de vie des différents accueils.

Cela nous permettrait  de construire ensemble une stratégie qui ne laisse de côté aucune personne, du résident au touriste, en passant par le vagabond. C’est un enjeu de transition écologique (un accueil moins carboné et plus local) et d’humanité (un accueil digne).

Date de dernière mise à jour : 10/04/2024

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