Christianisme, islam, judaïsme… Quel est le poids des différentes religions en France ?

Emmanuel Macron a reçu lundi 13 novembre les représentants des principaux cultes pour les appeler à maintenir une unité et promouvoir l’universalisme, à l’heure où le nombre d’actes antisémites s’est multiplié en France. Quel est le poids des différentes religions en France ? On fait le point.

Catholique, protestant, juif, musulman… Des représentants religieux répondent aux journalistes devant le perron de l’Élysée où ils ont été reçus par Emmanuel Macron lundi 13 novembre 2023, dans un contexte où les actes antisémites se multiplient en France.

Le contexte international tendu et la guerre entre Israël et le Hamas ont des répercussions dans la société française. Le ministère de l’Intérieur a recensé une hausse considérable du nombre d’actes antisémites depuis l’attaque terroriste du 7 octobre.

Refusant que le conflit ne se traduise par des tensions religieuses en France, plus de 180 000 personnes ont défilé contre l’antisémitisme dimanche 12 novembre 2023. Le lendemain, ce lundi 13 novembre, Emmanuel Macron a reçu à l’Élysée les représentants des principaux cultes pour leur demander de participer à « un effort pédagogique » auprès des jeunes, afin  d’éviter une concurrence victimaire et construire finalement les valeurs de la République , a résumé le président de la Fédération protestante de France Christian Krieger.

Les différentes religions sont donc appelées à œuvrer pour maintenir une unité derrière les valeurs de la République et ce dans un esprit universaliste. Depuis 1905, la France est un pays laïc, ce qui veut dire que l’État ne reconnaît aucun culte officiel. Cela ne signifie pas pour autant une absence de relations entre les organisations religieuses et l’État.

Pas de décompte officiel

Ainsi, les autorités veillent à ce que les pratiques religieuses ne remettent pas en cause l’ordre républicain, mais elles doivent aussi garantir à chaque citoyen la liberté de culte. Christianisme, islam, bouddhisme, judaïsme… De nombreux cultes s’expriment en France, mais ils n’ont pas tous le même poids.

Alors, que représente chaque religion ? La réponse à cette question simple n’est pas si évidente. Les croyances étant une affaire personnelle, il n’y a pas de statistiques officielles sur le nombre de pratiquants de différents cultes. Il est cependant possible de se faire une idée : le ministère de l’Intérieur établit des estimations, et les instances représentatives de chaque religion revendiquent un certain nombre de fidèles.

L’Insee mène également des études sur la diversité religieuse en France, son évolution et la manière dont la transmission se fait d’une génération à l’autre. La dernière étude est parue en mars 2023 et donne plusieurs indications, en s’appuyant sur des données de 2019-2020.

53 % sans religion

Quand on parle de poids des religions, le premier chiffre à souligner est que 53 % des 18-59 ans se déclarent sans religion en 2019-2020, soit 8 points de plus qu’en 2008-2009. Plus de la moitié de la population n’a donc pas de religion.

Religion historique en France, le catholicisme demeure le premier culte mais a chuté de 43 % à 25 % d’affiliés entre 2008-2009 et 2019-2020. Pendant ce temps, l’islam, seconde religion en France, est passé de 8 % à 11 % des croyants.

À noter, l’essor des autres christianismes (cultes protestants et évangéliques) qui passent de 2,5 à 9 %.

Voici la répartition des différents cultes dont se réclament les Français, selon l’étude de l’Insee :

Estimations et revendications

Des estimations du nombre de pratiquants sont également réalisées par le ministère de l’Intérieur, qui abrite le Bureau central des cultes chargé des relations avec les représentants des différentes religions.

Chaque culte revendique également de son côté un nombre de pratiquants, avec parfois des fourchettes assez larges. Un rapport du Sénat de mars 2015 recense ainsi les différentes religions, leur nombre annoncé de fidèles, et le financement de leurs lieux de cultes.

Voici la répartition des différentes religions :

Le catholicisme est annoncé comme comptant 26,5 millions de croyants, pour 3,2 millions de pratiquants. Le christianisme compte également selon les estimations ou revendications 1 million de protestants (luthériens et réformés), 600 000 évangéliques, 500 000 orthodoxes, 1 500 000 témoins de Jéhovah et 63 000 mormons.

L’islam rassemble 2 millions de pratiquants selon le ministère de l’Intérieur, entre 2 et 5 millions de personnes s’en réclamant, selon ses représentants. Toujours selon l’Intérieur, la communauté musulmane est issue de « populations variées », venant principalement du Maghreb, de l’Afrique subsaharienne et de Turquie.

Le bouddhisme compte un million de pratiquants, dont deux tiers d’origine asiatique, et comptait en 2015 selon l’Union bouddhiste de France, cinq millions de sympathisants.

Le Consistoire central israélite de France compte enfin entre 500 000 et 600 000 juifs.

Des dynamiques différentes

L’étude de l’Insee de 2019-2020 révèle également des dynamiques différentes des religions, notamment dans le rapport à l’identité qu’entretiennent les fidèles.

Ainsi, chez les catholiques, 6 % des personnes estiment que la religion est une dimension constitutive de leur identité. Cette proportion monte à 16 % chez les autres chrétiens, à 30 % chez les musulmans et à 56 % chez les juifs.

Lieux de culte : le poids de l’Histoire

Le catholicisme est en net recul en France. En 1905, 90 % des Français se disaient catholiques et cette présence historique a laissé une trace importante dans le patrimoine immobilier.

La religion catholique compte en effet plus de 52 000 lieux de cultes référencés, selon l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR), une association qui recense les lieux de cultes en France. Chapelles, églises paroissiales, oratoires, cathédrales… Ils sont historiquement implantés dans le paysage et au cœur des villes et villages, et représentent 95 % du patrimoine religieux en France.

Le rapport du Sénat de 2015 relève que le  patrimoine immobilier [catholique] est très important par rapport à la pratique religieuse actuelle . Selon l’OPR, les trois quarts des églises paroissiales sont fermées toute l’année, n’étant utilisées qu’occasionnellement pour des mariages, baptêmes ou funérailles. Par ailleurs, « 90 % des édifices du culte catholique sont la propriété des communes », selon un rapport du Sénat publié en 2015.

Selon l’inventaire de l’OPR, les 5 % de patrimoine religieux non-catholique sont répartis entre plus de 2 100 temples protestants, environ 1 150 mosquées, 456 synagogues et 162 temples et pagodes bouddhistes :

Contrairement au catholicisme, les autres religions (y compris les autres christianismes) font souvent face à la nécessité de construire de nouveaux lieux de cultes, et trouver des financements.

De nombreux projets de lieux de cultes sont en cours en France, en particulier des mosquées et des églises évangéliques. À Rennes, un chantier devrait débuter en 2024 pour une grande mosquée pouvant accueillir 4 000 personnes.

À Bayeux, c’est un projet d’église évangélique qui est en cours de construction, pierre par pierre, dans une zone industrielle.

Erwan Alix

 

Date de dernière mise à jour : 13/11/2023

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