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Sainte-Soline un an après : Le mouvement anti-bassines renforcé promet « un été chaud

Les organisateurs estiment que le mouvement anti-bassines a été amplifié et renforcé depuis la manifestation de Sainte-Soline en dépit des tentatives du gouvernement pour le « criminaliser », avec notamment la formation de près d’une centaine de comités locaux de soutien.

Des actions sont prévues au printemps contre des projets de mégabassines dans le Puy-de-Dôme, puis mi-juillet dans la Vienne où une trentaine de projets sont annoncés malgré des procédures de concertation en cours.

Les opposants demandent un moratoire sur les chantiers de bassines pour traiter démocratiquement la question de l’eau à la lumière des dernières connaissances scientifiques.

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On ne présente plus les mégabassines, ces réserves de plusieurs milliers voire millions de mètres cubes d’eau pompés dans les nappes phréatiques ou les rivières et destinés à l’irrigation agricole en période estivale. C’est l’une des vertus de la manifestation de Sainte-Soline. Ce mouvement de résistance du 25 mars dernier, marqué par des heurts violents avec les forces de l’ordre, a donné une place de choix à ces retenues d’eau dans le débat public.

Un an après, les organisations (confédération paysanne, Soulèvements de la terre, Bassines non merci, la CGT, Solidaires, etc.) constatent même que le mouvement s’est amplifié, alors même que le gouvernement a tenté, selon elles, de « criminaliser » leurs actions.

« La dissolution [des Soulèvements de la terre] n’a pas abouti et au lieu de nous diviser elle nous a renforcés et soudés », déclare Florian, des Soulèvement de la terre. Il en veut pour preuve la centaine de comités locaux qui se sont constitués dans le sillage de Sainte-Soline : « c’est indéniable, tout le dispositif qui a été mis en place par le gouvernement n’a pas eu l’effet escompté. Cela nous a donné de la visibilité, cela a généré aussi de la sympathie et de l’union. »

« On a retenu les leçons de Sainte-Soline »

Du côté des syndicats associés au mouvement, la CGT estime que Sainte-Soline a permis d’améliorer la compréhension des sujets autour de l’accaparement de l’eau. « Cette éducation populaire amène forcément des bras dans la bataille », pointe David.

Reste que de nombreux manifestants ont été blessés il y a un an et parmi eux, deux hommes ont frôlé la mort et se remettent encore aujourd’hui de leurs blessures. « On a retenu les leçons de Sainte-Soline, on sait aujourd’hui qu’on a affaire à un gouvernement qui est prêt à tuer pour un cratère, dont acte, assure Julien Le Guet, l’un des porte-parole du collectif Bassines non merci. On prendra en considération cet aspect-là. »

Sans donner davantage de détails, il appelle aussi de ces vœux que les procédures légales engagées, comme celles devant le tribunal administratif de Bordeaux pour un appel contre le projet de 16 bassines, aboutissent avant l’été. D’ici là, entre le 7 et le 11 mai, des actions sont prévues dans le Puy-de-Dôme où des gigas bassines, contenant des millions de m3 d’eau, sont programmées.

Mais les énergies des anti-bassines seront surtout concentrées du 15 au 21 juillet, dans le Poitou. Là-bas, on compte une trentaine de projets sur le bassin du Clain et pour certains, des démarrages de chantier sont annoncés, « alors même que la démarche de la concertation n’est pas terminée », souligne Johanne, membre de Bassines non merci. « L’été en France va être chaud, le gouvernement va avoir des décisions importantes à prendre d’ici là », estime Julien Le Guet.

« L’Etat continue à vouloir passer en force »

Le bras de fer est loin d’être gagné : « l’agro-industrie et l’Etat continuent à vouloir passer en force », estime Johanne. Elle prend pour exemple les projets de construction, dans le Berry, de bassines de moins de 100.000 m3 afin de contourner les études d’impact environnementales, obligatoires au-delà de ce volume.

S’il y a un point d’accord avec le gouvernement c’est bien sur le fait qu'« il n’y a pas d’agriculture sans eau », pointe Laurence Marandola, porte-parole nationale de la Confédération paysanne. Elle rappelle que les anti-bassines demandent l’arrêt des chantiers, avec un moratoire pour traiter le sujet démocratiquement, à l’aune des dernières connaissances scientifiques.

Elsa Provenzano

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 25/03/2024

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