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CINÉMA - Et partir « Sur les chemins noirs » avec Jean DUJARDIN

Jean Dujardin voyage en solitaire dans ce film de Denis Imbert, tiré du livre de l’écrivain randonneur Sylvain Tesson.

hemise blanche, casquette, cicatrice sous l’œil… Jean Dujardin s’est fait le look de l’étonnant voyageur Sylvain Tesson, auteur du livre adapté par le réalisateur Denis Imbert, « Sur les chemins noirs » (sortie le 22 mars). Mais toute ressemblance avec l’écrivain s’arrête là, l’acteur « d’extérieur » ne l’incarne pas, ne l’imite pas, d’ailleurs le personnage qu’il joue s’appelle Pierre et c’est sur des chemins de pierres qu’il part en solitaire.

Pierre est un homme littéralement brisé, cassé de partout, tombé d’un balcon pour s’écraser au sol huit mètres plus bas. Il a pris cinquante ans en huit mètres mais, coincé sur son lit d’hôpital, il s’est dit qu’il remarcherait et fait la promesse de traverser la France. Une fois debout, le voici donc parti pour une longue randonnée de plusieurs mois, seul avec son sac à dos et ses bâtons de marche, une traversée de la France en diagonale, du Mercantour à la Normandie, plus de 1300 kilomètres à pied, en passant par la Provence, les Cévennes, le Cantal, le Limousin, les Pays de Loire…

JEAN DUJARDIN

Sur la voie de la guérison

Le corps en loque, le marcheur peine déjà au kilomètre 17, et c’est donc « à un rythme de vieille dame » qu’il va « disparaître dans la géographie ». Un vrai chemin de croix pour un homme qui fuit à travers champs, en bave sur les sentiers, mais qui se donne le droit de foutre le camp, de prendre l’air. Empruntant le sentier des poètes, Pierre traverse aussi des déserts médicaux, des villages aux magasins fermés, fait quelques rencontres furtives, une bergère, un jeune randonneur (Dylan Robert), un vieil agriculteur… Autour de lui n’apparaissent qu’épisodiquement une poignée de personnages, l’amoureuse (Joséphine Japy), la sœur (Izïa Higelin), la tante (Anny Duperey), le pote (Jonathan Zaccaï).

Avançant pas à pas sur la voie de la guérison, il noircit des carnets le soir au coin du feu, écrit sur « les bienfaits » de sa chute, le livre en train de s’écrire et dit en voix-off, une voix qui tranche le silence de la nature. « Sur les chemins noirs » est un récit de l’isolement, comme l’était un autre film tiré d’un livre de Sylvain Tesson, « Dans les forêts de Sibérie », avec Raphaël Personnaz en homme retiré du monde. Avec un autre homme seul, qui marche et qui souffre, le film de Denis Imbert est minimaliste, dépouillé, épuré, contemplatif, le voyage est aussi intérieur. Ce lent parcours plaira aux randonneurs, aux marcheurs, aux amoureux de nature intacte et de beaux paysages, aux lecteurs de Sylvain Tesson, mais risque de laisser une partie des spectateurs sur le bord de la route.

Patrick TARDIT

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