Boléro, le film biographique sur Maurice Ravel BANDE ANNONCE

CINÉMA

Contemporain de Gabriel Fauré, de Claude Debussy ou encore de Béla Bartók, Maurice Ravel fut l’un des compositeurs les plus influents de la première moitié du XXe siècle. Son Boléro, qui lui valut une consécration internationale, serait joué toutes les quinze minutes en moyenne à travers le monde ; soit la durée approximative de ce ballet au rythme andalou et à la ritournelle lancinante.

Boléro » : faut-il aller voir le film d'Anne Fontaine sur la création du  morceau mythique de Ravel ?

Centré, tout particulièrement, sur la genèse de ce morceau, le dernier film d’Anne Fontaine, Boléro, prend le temps de nous raconter le parcours de Maurice Ravel, ses débuts laborieux, ses échecs répétés au prix de Rome, sa mobilisation pendant la Grande Guerre, le décès de sa mère et sa relation complexe avec Ida Rubinstein, ancienne danseuse de ballet reconvertie dans le mécénat, qui lui commanda en 1928 ce fameux ballet « à caractère espagnol ».

Le film nous montre les difficultés que rencontra le compositeur à honorer cette demande, par procrastination, bien sûr, mais aussi simplement par manque d’inspiration. Sa muse Misia Sert, incarnée à l’écran par la sémillante Doria Tillier, et le demi-frère de celle-ci, Cipa Godebski (Vincent Perez), eurent toutes les peines du monde à le pousser au travail. Finalement, c’est en discutant avec une domestique, nous dit le film, et en interrogeant son goût pour la musique populaire, que Ravel eut l’idée du rythme de ce qui deviendra par la suite son Boléro.

Un succès au goût amer

Pensé, au fil des développements, comme un éloge quasi ouvriériste de la modernité et du progrès, ce morceau de Ravel, semble-t-il, fit rapidement l’objet de désaccords artistiques fondamentaux avec sa commanditaire Ida Rubinstein, qui raillait le « bolchevisme » sous-jacent de cette inspiration première et imposa une mise en scène andalouse et sensuelle à ce ballet. Amer, le compositeur dut prendre le pli et se consola brièvement par un accueil critique dithyrambique. Le film d’Anne Fontaine, cependant, insiste bien sur le fait que Ravel, pudique et modeste, ne fut jamais satisfait de son œuvre, considérant qu’elle était mineure et dénuée de réelle musicalité.

Cruel, le récit nous montre comment ce ballet, au fil du temps, éclipsa toutes les autres compositions de l’auteur, au point de donner à ce dernier le sentiment désagréable d’être passé à côté de son existence. C’est peut-être là la raison profonde du déclin psychologique de Ravel, atteint prématurément d’une maladie cérébrale qui, en altérant sa mémoire, l’empêcha d’écrire et de jouer, les dernières années de sa vie.

Dans le rôle du célèbre compositeur, Raphaël Personnaz, valeur sûre du cinéma hexagonal – trop rare sur nos écrans –, s’est beaucoup investi. En perdant dix kilos et en suivant durant un an des cours intensifs de piano et de direction d’orchestre, le comédien livre une prestation convaincante, tout en retenue et en introversion, pour se conformer à la personnalité discrète et délicate de Maurice Ravel.

Plutôt maladroit dans son incessant va-et-vient entre présent et passé (les flash-back ne sont pas toujours d’une grande pertinence), souvent mal cadré, tant il use et abuse de gros plans sur les visages – un tic récurrent dans la filmographie d’Anne Fontaine –, le film doit tout à son comédien principal.

Pierre Marcellesi

Date de dernière mise à jour : 15/03/2024

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