SANTÉ - Au Royaume-Uni, la malbouffe privée de publicité pour lutter contre l’obésité infantile

Pourquoi certains rayons des magasins restent vides alors que l'assaut est  passé ? - RTBF Actus

Outre-Manche, près d'un enfant sur quatre est obèse ou en surpoids lorsqu'il sort de l'école primaire. Avec cette mesure, le gouvernement britannique espère inciter les industriels à reformuler les recettes de leurs produits pour les rendre plus sains.

"Regardez, il y a en a partout, à tous les coins de rue", témoigne un groupe de jeunes adolescents, dans les rues de Peckham Rye, où les fast-foods prolifèrent. Dans ce quartier du sud de Londres, un tiers des enfants sont obèses ou en surpoids, selon les dernières statistiques du ministère de la santé britannique. "Mes copains et moi on mange des pizzas, on va dans des fast-foods très souvent, plus de deux fois par semaine", assure un jeune de 17 ans rencontré dans la rue. Beaucoup ne mangent pas en famille : "On ouvre le frigo, on prend des trucs surgelés qu'on met au micro-ondes et on monte dans notre chambre pour manger", explique ce jeune garçon de 14 ans en surpoids. "Moi, mes potes, il mangent des chips au poulet tous les jours. Vraiment tous les jours", ajoute une autre jeune fille de 19 ans. "Je pense que les gens en Angleterre, ils préfèrent prendre à emporter plutôt que de d’acheter des ingrédients pour cuisiner. La restauration rapide c’est beaucoup moins cher que de faire ses repas".

Francine Joyce est nutritionniste depuis plus de vingt ans, elle exerce à la Kensington international clinic, et tous les jours, elle voit défiler des familles en surpoids dans son cabinet : "En Angleterre, on mange pour avoir de l'énergie. Il n'y a pas de repas en famille comme en France. Dans mon cabinet, je vois des enfants qui mangent dans leur chambre, devant leur écran. Quand on regarde ce qui se passe à la cantine en France, c'est très légiféré. Ce n'est pas le cas en Angleterre, où dans les crèches les petits mangent toutes les deux heures. C'est la politique du snacking. On leur donne des chips, des scones, faits de farine et d’eau. C'est toute une question d'éducation. Si ça continue à ce rythme-là, un adulte sur trois sera obèse d'ici quelques années. C'est énorme. C'est un problème de santé publique colossale."

"Food activists"

La situation est tellement préoccupante que des jeunes s’engagent pour défier l’industrie agroalimentaire. Ces sont les militants contre la malbouffe de l’association Bite Back 2030, qui mène des campagnes contre les industriels. Ils militent pour une alimentation plus saine. Parmi eux, Dev est bénévole, il a 19 ans, et il se souvient du moment précis où il a décidé de s’engager : "Un jour je suis sortie d’un examen. La pizzeria, Domino’s pizza m’a envoyé un SMS pour me féliciter d’avoir terminé mes examens, en me réconfortant d’un message chaleureux ça disait : 'Tu sais quoi ? Profite de cette offre. Tu le mérites'. Et là, j’ai réalisé que ces entreprises me connaissent mieux que ma propre famille. Vraiment. Elles possèdent une quantité incroyable d'informations sur moi et elles les utilisent pour me vendre de la malbouffe au détriment de ma santé et de celle de mes amis."

L’ONG Bite back 2030 a réussi à faire interdire la publicité pour la malbouffe à la télévision et sur internet, mais pour son président D’Arcy Williams, le combat est loin d’être terminé : "L’interdiction qui arrive là va surtout déplacer la publicité pour la malbouffe des écrans vers les rues. Or, même si le numérique est important, ce n’est pas le seul endroit où les jeunes passent du temps. Ils sont exposés à ce type de marketing nocif dans tous les aspects de leur vie quotidienne : autour des écoles, dans les rues commerçantes, et dans les lieux où ils se retrouvent. Et il est essentiel de protéger la santé des enfants, peu importe où ils se trouvent. Ces entreprises dépensent des millions pour faire du lobbying auprès des gouvernements et freiner les mesures de santé publique, tout ça au nom du profit."

Le gouvernement estime que cette interdiction de la pub pour la malbouffe permettra d'éviter 20 000 cas d'obésité infantile par an. Cette maladie coûte 11,4 milliards de livres sterling (environ 12,9 milliards d'euros) par an au NHS, le système public de santé. Les autorités doivent également interdire prochainement la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans.

La Rédaction service Santé

Date de dernière mise à jour : 07/01/2026

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